«Pas encore» de Marie Neuvy

Ce sont les mots qu’a eus Marie, lorsqu’elle a vu rentrer le cheval de Leopold, dit Polo son mari, sans cavalier, dans la cour de leur propriété.

En effet, le 13 juillet 2019, Polo était parti ce jour-là faire une promenade avec son cheval. Ressentant un malaise venir, il était descendu de son cheval, puis avait été foudroyé par un AVC.

Dès lors, le cheval divaguant dans la campagne, avait été aperçu par des agri­cultrices voisines. Aussitôt, l’alerte avait été donnée.

Marie croyait à une chute de cheval. Accident qu’avait eu Polo quelque temps avant. Il lui avait valu des soins lourds, une longue rééducation. Le cri de Marie était pour dire son effroi à la pensée d’une nouvelle chute invalidante.

Pourtant cette fois, il s’agissait d’un AVC aigu, sur­venant comme un éclair, sans prémices, avec une brutalité inouïe !

Le diagnostic tombe, comme un couperet : AVC aigu, carotide gauche bouchée, il faut opérer.

Marie connaît ou a entendu parler de l’AVC. Mais elle n’en connaît pas les séquelles possibles. Pour Polo, c’est une paralysie droite avec mutisme absolu. Marie a intégré très vite l’idée du handicap et se retrouve seule pour gérer la situation.

Il faut dire que ces deux-là constituent un couple très fusionnel depuis leur mariage en 1975. Ils étaient charcutiers traiteurs travaillant 6 jours sur 7, avec des horaires hors normes, surtout les week-ends. Polo, passionné de chevaux, n’avait que ce seul loisir : la rando à cheval. Ils avaient une grande Ion-gère, des dépendances, avec beaucoup d’animaux, quelques terres, du matériel, pour assouvir cette pas­sion lorsque la retraite serait arrivée.

Ainsi Marie se dévoue exclusivement pour son « Homme », l’amour de sa vie. Elle s’acharne à entretenir son domaine et les chevaux pour que tout soit en ordre, lorsque Polo rentrera à la maison après une longue convalescence.

Polo vient en » permission » tous les dimanches. Elle se lève tôt, même le dimanche et surtout ce jour-là, pour être belle, pour que les chevaux soient soignés, pour recevoir des amis, pour être aux petits soins pour lui, lorsqu’il se réveillera ! Quelques visites, le dimanche, mais deux personnes seulement viennent voir Polo, hors de la présence de Marie car le défaut de communication, rend toute conversation compliquée et… peut-être que la maladie fait peur ! Elle se fait l’interprète de Polo. Entre eux, les regards suf­fisent presque à se comprendre.

Demandez à Marie ce qui lui manque le plus !…

Du temps. Surtout du temps pour elle. Lorsqu’elle s’octroie un peu de temps en jou

rnée, elle a l’impression de voler ce temps. Mais à qui ?… Un paradoxe… Elle a fixé la barre un peu haute. Mais elle n’est pas prête à faire l’impasse sur son rendez-vous de fin d’après-midi avec son mari, aux Capucins. Elle a une notion du devoir d’épouse et d’aidante qui ne lui laisse aucune Liberté : elle doit faire des choses qu’elle n’a pas choisies et qu’elle n’a pas envie de faire. Mais elle doit les faire, au risque de s’oublier. Elle a arrêté le sport, la piscine, les sor­ties. Espérons que bientôt elle viendra nous rejoindre avec Polo, pour partager nos activités.

Rencontre Denise C avec Marie Neuvy, Gérard F